“Médiatrice, le plus beau métier du monde”

Entre l’espace jeux et l’espace sieste du service parentalité de l’Étage, se niche une pièce élégante à souhait et très au calme. Un canapé accueillant invite à se livrer à des confidences. Seul un paper board au fond de la pièce rappelle que nous sommes dans un bureau. L’hôtesse de ces lieux ; le service médiation familiale, s’appelle Emina Dzudzevic, une femme avenante et joviale qui, non sans humour, raconte la famille dont elle vient, composée et recomposée au gré des nombreux mariages de ses ascendants, avec son lot de joies et de disputes.

Finalement, on peut comprendre que j’ai voulu faire ce métier.

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Titulaire d’une maîtrise en droit et d’un diplôme d’État de médiatrice familiale, Emina est à mi-temps à l’Étage. À l’extérieur elle est enquêtrice sociale pour les tribunaux et médiatrice conjugale en cabinet libéral.

Ces lieux, souligne-t-elle, inspirent la sérénité. Les personnes qui viennent s’y sentent bien. Il y a peu de mouvements et surtout, il y a possibilité de « déposer » sur la table.

Emina reçoit des couples en phase de séparation. Certains viennent de manière spontanée parce qu’ils en ont entendu parler ou qu’ils se sont informés sur Internet. D’autres sont là parce que, dans le cadre de sa décision, le juge aux affaires familiales leur a soit proposé une mesure de médiation et qu’ils en ont été d’accord, soit enjoints à rencontrer un médiateur.

Le juge ne peut pas leur imposer de recourir à la médiation car c’est un processus libre et que certaines personnes ne sont pas en capacité d’être face à l’autre, mais il peut les enjoindre à rencontrer un médiateur qui leur explique les objectifs de la démarche et les thèmes qu’ils peuvent aborder.

Dénouer ce qui fait conflit

L’entretien d’information est gratuit. Il dure une heure environ. Il est suivi de trois à cinq entretiens en moyenne d’une durée d’une heure trente. Le tarif de la séance est fonction des revenus.

J’accueille les personnes individuellement, je recueille ce qu’elles veulent livrer de leur histoire, puis si elles sont d’accord, j’organise une rencontre à trois. C’est là que commence le travail proprement dit : les personnes abordent toutes les questions qui font conflit entre elles dans la séparation.

En tant que médiateur, je dois être vigilante à bien circonscrire le sujet. La médiation permet de régler des points concrets pour avoir une communication apaisée, de dénouer quelque chose qui fait conflit, par exemple, comment s’organiser autour de l’enfant, comment partager les biens. Contrairement à la thérapie de couple dont l’objectif est de comprendre pourquoi on en est arrivé là.

Conflits intergénérationnels

La porte d’entrée de la médiation, ce sont les conflits dans un couple, mais aussi des conflits intergénérationnels. Par exemple, des parents qui se sentent démunis face au changement de comportement de leur adolescent ou encore des grands parents qui sont en rupture de liens avec leurs enfants et qui souhaitent voir leurs petits-enfants.

Emina Dzudzevic en connaît des histoires. Comme celle de cette gamine, très bonne élève, qui du jour au lendemain se met à faire l’école buissonnière, s’enferme dans sa chambre devenue un vrai dépotoir et fréquente des clochards.

La médiation a permis aux parents de réaffirmer leur amour et de rassurer leur enfant.

Il y a aussi l’histoire de cet homme qui a quitté la maison à l’âge de 15 ans pour l’internat puis pour sa formation et qui rentre épisodiquement à la maison. Ses parents sont psychorigides, mais il ne cherche pas à rentrer en conflit avec eux. Sa vie est ailleurs.

Puis un jour, il se marie, a un enfant. Ses parents font régulièrement des remarques sur la façon dont le petit est éduqué. Son épouse ne supporte pas, elle se sent remise en cause en tant que mère. Monsieur demande alors une médiation avec ses parents. Pendant la séance, les parents expriment leur ressenti : pour eux, ce n’est pas leur fils qui parle, mais son épouse à travers lui. Et les voilà qui s’entendent dire : vous avez été présents, aimants, mais vous ne me connaissez pas…

Faire comprendre à des parents que c’est bien leur fils qui parle, cela peut parfois provoquer des séismes.

Autre histoire : dans un petit village, des parents font une donation à leur fils pour qu’il construise une maison pas trop loin de la leur. Un enfant nait et les grands parents font office de nounou. Quand l’enfant commence à parler, les choses se gâtent. La maman apprend, par exemple, qu’on lui donne des bonbons avant le repas ou qu’on le laisse regarder la télé, bref toutes choses qu’elle n’apprécie guère. Elle décide alors de prendre une nounou. Et c’est la « guerre ». Ils décident de recourir à une médiation.

L’objectif de la médiation est donc d’aider les gens à s’écouter, à trouver un terrain d’entente, à remettre les pendules à l’heure. Beau programme qui fait dire à Emina : « J’ai vraiment le plus beau métier du monde »

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