“On a regardé toute ma demande de logement et ça montrait qu’on s’intéressait plus au fond du sujet”

Appui-Logis est un projet récent et expérimental de l’association l’Etage, en partenariat avec les bailleurs sociaux CUS Habitat et Habitation Moderne. C’est une action en direction des demandeurs de logement social afin de les informer sur l’état de leur demande, de les aider à la maintenir à jour, de la préciser si nécessaire. C’est aussi un soutien lors de l’éventuelle entrée en logement et les premiers mois de l’occupation.

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Mme V. est âgée de 25 ans et mère isolée. Étudiante à l’université, elle est bénéficiaire du RSA et d’une bourse d’étudiante.  Enceinte et sans logement, elle a été hébergée plusieurs mois par des proches. Peu de temps après la naissance de son fils, elle a été accompagnée dans le cadre du dispositif Appui-Logis. Elle a accepté de nous parler de sa situation avant et après son accès à un logement social.

 

Quelle était votre situation avant d’accéder à un logement social ?

J’étais hébergée chez ma sœur avec mon fils depuis le début de l’année 2017. Ça se passait bien, j’ai une sœur compréhensive, on est « très famille » mais elle a un enfant pour qui c’était difficile à comprendre, de voir sa tatie à la maison. J’ai beaucoup aidé ma sœur, pour chercher son fils à l’école, pour le ménage, les courses ou comme je pouvais, mais ma sœur ne me demandait pas d’argent ou de loyer.

 

Pour quelle raison avez-vous été hébergée chez votre sœur ?

Je suis tombée enceinte et mon père a très mal pris l’annonce. Il y a eu tout de suite des tensions. C’était déjà dur de vivre une grossesse seule mais encore plus avec la réaction de mon père. Je suis partie soudainement, une semaine après qu’il l’ait appris. J’avais des examens qui arrivaient, c’était très difficile de cohabiter avec lui et j’ai préféré partir chez ma sœur. Il m’a beaucoup ignoré, il ne voulait pas admettre que c’était simplement arrivé, comme ça.Ma mère m’a soutenu, elle m’a tout de suite rassuré en me disant que ça irait. Le fait que mon père le prenne mal m’a aussi rapproché de ma sœur.

 

Comment avez-vous vécu le fait d’être hébergée chez un proche ?

On se sent à l’étroit, même si elle a beau dire « fais comme chez toi », on ne se sent pas chez soi.

Mais nous nous sommes rapprochées, soudées. Même mon beau-frère, très fermé, l’a très bien pris. La porte était grande ouverte, j’ai eu de la chance. Mais dans un trois pièces, on était trop nombreux. J’étais au salon, j’avais un lit d’appoint que je rangeais pour le petit. Je sentais que tout le monde changeait ses habitudes de vie même s’ils ne disaient rien.

 

Vous êtes-vous adressée à un travailleur social pendant cette période ?

J’ai d’abord cherché un appartement par mes propres moyens sur internet, j’appelais régulièrement les agences et en désespoir de cause, l’assistante sociale de l’Université. Elle ne pouvait me proposer que des résidences étudiantes mais avec un enfant ce n’est pas évident. Elle m’a envoyé vers l’assistante sociale de secteur, qui n’a rien pu faire. J’ai aussi beaucoup appelé les bailleurs sociaux, qui me disaient quels papiers mettre à jour sur ma demande.

J’ai deux amis qui étaient suivies par l’Étage et qui avaient pu trouver un logement. J’y suis allée directement et on m’a orientée vers APPUI-LOGIS.

 

Quavez-vous pensé à ce moment-là ?

À ce moment-là, je n’y croyais plus trop, j’avais recommencé mes recherches dans le privé.

Les propriétaires demandent beaucoup de garanties que je n’avais pas spécialement, et beaucoup de logements sont loués par des agences. Plusieurs propriétaires répondaient qu’avec une femme seule et un enfant, surtout en hiver, ils ne pourraient rien faire si elle n’assumait pas son loyer. Ils étaient méfiants et avaient toujours une préférence pour les personnes en CDI, ce que je peux comprendre.

Même au niveau des bailleurs sociaux, on me disait que j’avais 4 ou 5 ans d’attente. Un bailleur m’a dit « vous n’êtes pas obligée de nous appeler tout le temps ».

Quand on a m’a parlé d’APPUI-LOGIS, je m’attendais à être bien accompagnée puisque c’était surtout pour l’accès à un appartement.Après le 1er rendez-vous, je me sentais plus rassuré parce qu’on a regardé toute ma demande et ça montrait qu’on s’intéressaitplus au fond du sujet. On a regardé ce qui pouvait aller et ce qui pouvait manquer à ma demande. Et c’est allé plus vite à partir de là.

Quel était votre projet locatif ?

Mon état d’esprit, c’était de prendre ce qu’on me donne, sauf dans le quartier du Neuhof, où vit le père de mon enfant.

 

Avez-vous trouvé important d’être accompagnée lors de la signature du bail  ?

Pour l’entrée dans le logement, mis à part l’état des lieux, c’était une découverte. Seule, j’aurai été inquiète mais j’ai apprécié d’être accompagnée. Quand c’est la première fois que l’on signe un bail, on se dit que l’on peut se faire avoir. Signer un contrat, c’est s’engager à quelque chose mais on ne sait pas toujours à quoi, avec quelles subtilités.Je me débrouille bien avec les papiers, je m’en occupe pour mes copines, mais c’était rassurant dès que le bail a été signé, d’être aidé pour tout ce qu’il faut mettre en place.

 

Connaissiez-vous le fonctionnement des attributions de logement ?

On m’avait expliqué que c’était le calcul du reste à vivre qui expliquait pourquoi au début je n’avais rien. C’est tout.

 

Vous êtes maintenant installée dans un T3 avec votre fils. Comment-vous sentez-vous dans cet appartement ?

Je ne m’imaginais pas obtenir un logement aussi bien, le sol avait été changé, j’ai juste remplacé la tapisserie mais c’est une question de goût. Comme c’est allé très vite, je m’attendais à ce qu’on me donne un logement humide ou en mauvais état. Pour moi, un immeuble comme celui-ci, c’était du privé. L’immeuble est calme, je ne pensais pas que les bailleurs sociaux proposaient des logements comme ça.

Le logement a débloqué beaucoup de choses, avant tout pour ma vie avec mon fils. Je suis plus à l’aise pour m’en occuper, il a son espace. Chez ma sœur, tout était plus compliqué, les études, trouver un travail… Maintenant je peux réviser tranquillement, je n’ai plus cette question du logement en tête. La stabilité, c’est important, on se projette.

Mon père a vu que j’ai réussi à batailler, même avec un enfant, et que j’avais fait ce qu’il fallait. Nous avons pu discuter et ça débloqué beaucoup de choses, sur le logement mais aussi de façon plus personnelle, c’est un poids en moins. Chez ma sœur, j’avais un toit, je n’étais pas à la rue mais tout était plus compliqué, se projeter, trouver un travail. Maintenant,je peux réviser tranquillement, je n’ai plus ça en tête.

 

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